ZAC Gare-Ardoines : pas de place pour l’écologie

(Pont des Ardoines, vue d'architecte — Richez et associés)

Jeudi 11 février 2016, je me suis rendu avec Alain Afflatet, chef du groupe d’opposition municipale Ensemble un avenir meilleur, à la réunion de concertation du projet de ZAC Gare-Ardoines.

Avec des élus du groupe et des militants Républicains, nous avions préparé une quinzaine de questions à poser, sachant pertinemment que nous n’aurions pas la possibilité de toutes les aborder car :

  • la durée de ces réunions doit rester raisonnable ;
  • nous ne souhaitons pas monopoliser les débats, au détriment d’autres vitriots ;
  • hélas, nos interlocuteurs ne sont guère enclins à aborder les sujets qui peuvent les mettre en délicatesse.

Nous avons été toutefois encouragés par le fait qu’un grand nombre de ces questions ont été posées par d’autres vitriots présents dans la salle, sans aucune concertation préalable. Il s’agit donc clairement de véritables sujets de préoccupation qui sont partagés.

Je regrette que, bien qu’il représente une opportunité extraordinaire pour l’essor de notre commune, ce projet ne présente pas en l’état actuel les équilibres indispensables à sa réussite.

Je me concentrerai dans cet article sur la seule question de l’écologie.

Des espaces aussi verts qu’invisibles

À une époque où les alertes pollution font de plus en plus partie de notre quotidien, prévoir massivement des espaces verts constitue une nécessité pour contribuer, même modestement, à l’assainissement de l’air et à la préservation de la biodiversité.

Nous nous inquiétons donc de la place des espaces verts dans ce projet. Alain Afflatet et moi-même avions pu voir le matin même, la maquette du projet d’extension de la ligne de métro 10. En comparaison avec la maquette du projet d’Ivry-Confluences, nous avons été stupéfiés par l’absence d’espaces verts sur celle du projet de ZAC Gare-Ardoines.

Peut-être ne s’agit-il que d’un oubli de modélisation, mais ce supposé oubli concorde avec l’absence du mot écologie dans les six grandes intentions du projet, page 31 des supports de présentation projetés pendant la réunion.

En revanche, nous avons vu beaucoup de vert sur l’une des cartes présentée pendant la réunion de concertation (voir page 30 du même support de présentation). Florence Mercier, paysagiste du projet, a comparé l’importance des espaces verts dans le projet de ZAC Gare-Ardoines avec l’opération ANRU Balzac-Touraine-Marronniers. Habitant moi-même Balzac, je me suis publiquement étonné de cette soi-disant forte présence de verdure dans mon quartier : sans doute n’ai-je pas suffisamment ouvert les yeux depuis deux ans, dans mon propre lieu de vie.

Une précision est cependant abordée en séance : l’évaluation de la présence des espaces verts dans le projet prend en compte tout ce qui est susceptible de produire un tant soit peu de chlorophylle, à savoir bien sûr les arbres, mais aussi par exemple les toitures végétalisées.

Ces dernières sont sans doute utiles pour l’isolation des bâtiments et il est important de les favoriser. Mais de là à les comptabiliser en tant qu’espaces verts, la démarche atteint la limite de l’honnêteté intellectuelle. Cette végétation au ras des toits n’est, en effet, en rien comparable à ce que l’on peut trouver dans des parcs ou des allées végétalisées.

À moins de se déplacer dans Vitry-sur-Seine en hélicoptère, les vitriots auront quelques difficultés à bénéficier de l’agrément de ces dits espaces verts, totalement invisibles de la rue.

Je suis très attaché aux espaces verts car ils constituent un enjeu majeur pour :

  • valoriser notre commune, vue de ses habitants, de ses visiteurs ou ne serait-ce que de la vitrine sur notre ville qu’offre ce quartier, de l’autre côté de la Seine ;
  • améliorer le cadre de vie des vitriots et des salariés travaillant sur Vitry ;
  • participer à la régénération de l’air, ce qui est crucial à une époque où les alertes pollution en Île-de-France font de plus en plus partie de notre quotidien ;
  • limiter l’impact des zones urbaines sur la biodiversité, s’ils sont accompagnés de corridors biologiques.

Je prends pour exemple les bords de Seine à Mantes-la-Jolie, à deux pas de la cité du Val Fourré. Comme le témoignent ces photos prises la semaine dernière, ce secteur est idéal pour se promener (à pied, à vélo, avec ses enfants en poussette…) mais aussi pour faire son footing ou encore s’entraîner à l’aviron. Les oies, canards, mouettes et autres volatiles y sont présents en liberté et en abondance.

Pourquoi n’en serait-il pas ainsi, sur nos bords de Seine vitriots ? D’autant plus que nous avons la chance d’être situés sur la partie de la Seine qui se trouve en amont de Paris, donc moins polluée.

Luttons contre les ilots de chaleur

Il s’agit d’un sujet à prendre en considération car les ilots de chaleur, dus à la densification urbaine, sont entre autres responsables :

  • de la diminution des rosées et brumes qui contribuent à épurer l’air des pollens, poussières et aérosols ;
  • du renforcement de la pollution atmosphérique en ville (smog : confinement de pollutions sous le plafond urbain) ;
  • de la favorisation de certaines pollutions photochimiques.

Les espaces verts sont l’une des contremesures qui peuvent être mises en place pour limiter l’impact des ilots de chaleur. Malheureusement, ce sujet fut totalement absent des débats.

Château et Ferme… aquatiques

Certains habitants de la zone pavillonnaire du Port à l’Anglais (quartiers du Château et de la Ferme) nous ont confié leurs vives inquiétudes, quant au risque qu’ils encourent en cas de crue centennale.

Ces inquiétudes ont tout récemment été confirmées par l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme (voir cet article dans Libération) qui a réalisé une simulation en 3D. On découvre dans cette vidéo (à 4:10) que ce secteur pavillonnaire regroupe environ 2 150 logements qui seraient sous un mètre d’eau pendant « plusieurs jours à plusieurs semaines ».

Toujours selon l’IAU, ce secteur correspond à « l’équivalent du nombre de maisons sinistrées lors de la tempête Xynthia de février 2010 ».

Nous nous inquiétons du silence assourdissant, concernant les mesures prises pour les habitants de ces pavillons. Certaines de ces familles sont déjà installés sur la commune depuis des décennies, voire parfois depuis plus d’un siècle, et sont attachées à leur territoire communal. Mais rien n’est prévu pour protéger ce secteur, pendant que l’on envisage un jeu de lego à l’échelle XXL…

…ou bien pense-t-on, sans le dire, que la crue sera l’occasion rêvée de faire table rase des habitations suite à catastrophe naturelle ? Cela pourrait s’avérer être une opportunité pour éloigner les habitants actuels et, ainsi, libérer la place pour certaines opérations comme ce fut le cas en Louisiane.

« De fait, la fureur des éléments de l’été 2005 sera une occasion ‘inattendue’ pour se saisir d’une ville et pour en expulser les habitants dont on ne veut plus, parce qu’ils entravent, par le simple fait d’exister et d’être là où ils sont, la bonne vieille loi du marché et la bonne marche du profit. »

(l’Humanité, avril 2011)

Quid des liaisons douces ?

À l’heure où la RATP encourage la marche à pied — qu’elle considère comme « premier élément de la mobilité » — quels les liens agréables sont-ils prévus pour les piétons, cyclistes et rollers entre le centre-ville et les berges de Seine, pour que ce nouveau quartier ne coupe pas le centre-ville de la Seine ?

Hélas, aucun élément n’est communiqué à ce sujet.

Les vitriots veulent travailler à Vitry

Y aura-t-il assez de bureaux ou d’ateliers ? Ce projet de ZAC, au regard de la réduction du nombre de mètres carrés d’activités par rapport au projet initial, ne permettra pas qu’il y ait autant de nouveaux emplois que de nouveaux habitants. Si rien ne change sur ce point, la ville-dortoir a un avenir lointain devant elle.

« La voiture est le pire des fléaux de notre civilisation, je m’en suis séparé. Il est en effet anormal que l’on empile des gens en hauteur dans les HLM pour ensuite les allonger en longueur dans des embouteillages. »

(Jean Yanne, artiste)

Qu’ils soient employés, ouvriers, cadres ou cadres supérieurs, les vitriots doivent aujourd’hui consacrer quotidiennement jusqu’à trois heures à leur temps de trajet, en voiture ou dans les transports en commun.

C’est autant de temps qui serait bien mieux utilisé en famille, à faire ses courses (à Vitry-sur-Seine !), à exercer un loisir ou un sport, à créer du lien social dans notre ville, etc. Sans bien sûr oublier les quantités effrayantes de CO2 et autres polluants, générées lors des embouteillages trajets domicile-travail et qui seraient d’autant réduites.

La Défense aux Ardoines ?

Le projet prévoit des tours allant jusqu’à R+13. Or en plus de donner un sentiment oppressant, les immeubles d’une telle hauteur assombrissent la ville et la déshumanisent.

À moins d’avoir l’ambition de concurrencer la Défense, pourquoi ne pas limiter la hauteur des bâtiments à six étages ? Cela, comme c’est le cas dans la très grande majorité de Paris et de la petite couronne, avec des parties sous la forme de maison de ville.

Anticipons l’arrivée de ligne 10

Le matin même, lors de la réunion de lancement de l’association visant à promouvoir la ligne 10 du métro, la RATP a suggéré que l’interconnexion entre les lignes 10 et 15 soit prévue dans la future gare des Ardoines.

Ce point serait en effet un facteur déterminant, pour que l’extension de cette ligne puisse être envisagée jusqu’aux Ardoines. Alors qu’à ce jour, celle-ci n’est sérieusement envisagée que jusqu’à Ivry-sur-Seine.

Alain Afflatet a posé cette question lors de la réunion publique : la réponse de Jacques Touchefeu a été plus qu’évasive, nos interlocuteurs ne semblant pas avoir été sensibilisés sur ce sujet au préalable.

Vitry-sur-Bouchons

La transformation en profondeur des Grandes Ardoines va immanquablement générer de fortes augmentations du trafic, pour entrer et sortir de Vitry-sur-Seine. À la clé, chaque jour, ce sera plus de stress, plus de pollution et plus de temps perdu pour des milliers de travailleurs…

Nous nous interrogeons donc sur les aménagements de voirie prévus dans le projet, pour permettre d’absorber ces flux supplémentaires sans créer des goulets d’étranglement.

Là encore, malheureusement, aucune information n’est apportée sur ce point.

 

 

Suite à ces nombreuses questions qui restent sans réponse, nous ne manquerons pas de solliciter régulièrement le maire et sa majorité, afin que des réponses soient apportées et que ces sujets soient adressés comme il se doit.

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